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Interview

LES ROCKOMOTIVES DE VENDÔME, UNE PHILOSOPHIE D’IRRÉDUCTIBLES GAULOIS

Le cap des trente ans. Un moment particulièrement révélateur quand il s’agit d’un festival de musique qui, depuis ses débuts, s’est donné comme impératif d’imposer sa vision sans concession, sa façon de faire singulière, dans un monde ou le marketing et le copinage s’amusent à vous mettre régulièrement des bâtons dans les roues. En toute indépendance, ou presque, les Rockomotives de Vendôme sont devenues avec le temps un évènement dont le public et les professionnels du secteur épient chaque année la programmation, plus ou moins conscients – selon où ils se placent – que la petite bourgade du Loir et Cher fait aujourd’hui figure de village gaulois dans un environnement plutôt hostile à ce genre de philosophie.

Les Rockomotives fêtent cette année leur trentième anniversaire. Peux-tu nous rappeler dans quel contexte est né cet évènement ?

Richard Gauvin : Cet évènement a été créé par l’équivalent du service jeunesse de la Ville de Vendôme en 1992, avec une mise en place d’ateliers ‘musique’ pour les enfants sur la semaine de vacances scolaires et quelques concerts sur le weekend. De1994 à aujourd’hui, le festival n’a cessé d’évoluer avec de nouveaux lieux, un nombre de projets artistiques grandissant sur une période qui est passée de 3 jours à une semaine. Le festival est devenu ‘associatif’ en 2003 avec Figures Libres.

Image et textes : Mowno

La programmation du festival reste toujours une des plus attendues à chaque rentrée. Comment expliques-tu que les Rockomotives soient devenues si incontournables auprès des amateurs de musiques spécialisées ?

Ce festival est tout d’abord monté avec la passion de la musique, la connaissance du territoire et la volonté d’imposer une certaine philosophie allant souvent à l’encontre de l’évolution de ce petit ‘monde de la musique’ dont les codes ne nous correspondent pas vraiment. Historiquement, la programmation est effectuée sans réellement tenir compte de l’actualité discographique ou autres de l’artiste, sans calculs et sans concessions, avec toujours cette méfiance du ‘fake’, des artistes à tremplins, du surdopage marketing, des ‘hypes’ indolores… Le festival bénéficie, logiquement, d’une part de financement public. Nous nous imposons donc un devoir de régulation face à une industrie de la musique dont les objectifs sont ailleurs. Aussi, nous sommes très attachés à bien accueillir le public, les techniciens, les bénévoles.

Chaque année, la programmation regroupe des groupes qui bénéficient d’une attention particulière de la part des médias et du public, et d’autres qui s’apprêtent à faire pas mal parler d’eux. Quel est ton secret pour réussir à faire cohabiter tous ces groupes à chaque fois ? Peut-on dire de toi que tu es un prescripteur de premier plan ?

Le cœur du sujet est effectivement là. La passion : j’écoute de la musique quasi en continu, mais je ne pense pas être un prescripteur de premier plan. Je vois, en période normale, entre 250 et 300 concerts par an. Je n’ai absolument pas besoin de l’avis d’une certaine presse ou des membres du jury de tels ou tels dispositifs d’accompagnements ‘banquérisés’ ou non. Par contre, j’écoute beaucoup certains de mes amis proches, de mes connaissances et de certains collègues.
C’est la 30ème édition des Rockomotives cette année, et chaque évènement durable a sa propre histoire. Je suis très fier de cette histoire vendômoise. C’est toujours compliqué à décrire mais en vulgarisant quelque peu, la philosophie du festival peut être symbolisée par des soirées à la programmation éclectique, un peu de provocation également. Je pense notamment aux allemands Les Trucs programmés après Gaetan Roussel, ou Deerhoof juste avant Keny Arkana. Des noms très grand public ont été programmé sur le festival. Vendôme n’est pas une métropole étudiante et, sur la programmation, il est important pour nous de jongler afin de contenter le passionné de musique dite underground ou indépendante, et le public, tout aussi respectable, plus en attente de noms identifiables par un plus grand nombre.

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